• Il y a encore beaucoup de mystères autour... du cou des tortues ! La découverte d'un fossile de 150 millions d'années remet en question notre vision de la tortue qui se replie dans sa carapace.

     

    Le coup de boule, l'arme ancestrale des tortues

                                                            La tortue d'Hermann.

    ©ARDEA/MARY EVANS/SIPA

    Et vous pensiez que les tortues n'avaient toujours été bonnes qu'à se replier dans leur carapace face au danger ? Que neni, leur torsion de cou était sans doute un moyen de mieux capturer leurs proies il y a 150 millions d'années. C'est ce que suggèrent des chercheurs après avoir découvert le fossile d'une tortue Platychelys oberndorferi du Jurassique supérieur.

    DECOUVERTE. Pour comprendre ce qui ont amené ces derniers à cette déduction, penchons nous sur les encolures des tortues modernes : il existe deux familles de tortues avec une torsion de cou propre à chacune : celui des Pleurodires se replie jusqu'à la carapace par un mouvement horizontal et celui des Cryptodires suit un mouvement vertical avant de glisser entre les pattes supérieures. Ces deux mécanismes sont apparus de manière indépendante chez les deux lignées. Comme le but est de s'enfouir sous sa carapace, personne ne pensait à une fonction autre que protectrice de cette capacité. Jusqu'au jour où ces chercheurs ont découvert le fossile d'une tortue aquatique Platychelys oberndorferi, appartenant aux Pleurodires... mais dont le cou ressemblait davantage à celui des Cryptodires. Encore plus troublant, la reconstitution des mouvements de sa collerette a révélé l'impossibilité pour cet ancêtre d'atteindre sa carapace. Donc pas moyen de se protéger par ce biais. D'où l'hypothèse formulée par ces scientifiques : la torsion de cou à la verticale améliorait la capacité de chasse des tortues.

    Reconstitution du mouvement de cou de la tortue Platychelys oberndorferi © Patrick Röschli

    Les coups de tête des tortues : à chacune sa méthode

    La botte secrète de cette ninja ? Surprendre ses proies par une projection rapide de la tête dans l'eau à l'instar de certaines tortues aquatiques telles que les Matamata et les tortues dites alligators. Mais il y a des nuances dans les techniques d'attaque, précise Jérémy Anquetin, co-auteur de l'étude : "les Matamata (appartenant aux Pleurodires) détendent leur gorge vite et largement. Ce qui semble être une projection est en réalité une succion. Elles aspirent l'eau dans leur cavité buccale et la gorge par un relâchement total des muscles. Ce n'est pas lié à la torsion du cou donc c'est différent de ce que nous suggérons. Les tortues alligators, en revanche, présentent le plus de similarités avec notre fossile : elles bloquent leur cou et le lancent par un effort musculaire pour attraper leurs proies".

     

    HYPOTHESES. Pour Jérémy Anquetin, cette découverte ouvre surtout la porte à de nouvelles interrogations : "L'évolution d'une espèce ne s'est jamais faite par d'énormes bonds. Quelles ont donc été les étapes intermédiaires permettant à la tortue de parvenir à une rétraction totale de son cou jusqu'à la carapace? Car ce n'est qu'une fois à ce stade que cette carapace est devenue une mesure de protection. Autre questionnement, de quelle manière la torsion verticale des Pleurodires s'est peu à peu transformée en un mouvement horizontal ?". Beaucoup de questions en suspens qui ont de quoi nous faire tourner le cou... ou la tête !

    Brésil: quand un lac artificiel devient un cimetière de tortues

     


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  • La carcasse d'une tortue "phrynops geoffroanus" jonche le sol du Lac du Cèdre, asséché, le 8 février 2017 à Quixada, dans le nord-est du Brésil-AFP/EVARISTO SA

    La carcasse d'une tortue "phrynops geoffroanus" jonche le sol du Lac du Cèdre, asséché, le 8 février 2017 à Quixada, dans le nord-est du Brésil-AFP/EVARISTO SA

    L'eau a laissé place à la terre aride, jonchée de vestiges de barques et de centaines de cadavres de tortues. La situation du lac artificiel le plus ancien du Brésil résume à elle seule la pire sécheresse du nord-est du pays depuis un siècle.

    Le "Paraiso Bar", littéralement "Bar du Paradis", offrait une vue imprenable sur le Lac du Cèdre, aujourd'hui totalement évaporé.

    L'établissement est toujours ouvert, mais il n'attire pratiquement plus de client, alors qu'il y neuf mois à peine, ce site était une des principales attractions touristiques de cette région de l'État du Ceara.

    Le lac auparavant occupé par plus de 126 millions de mètre cubes d'eau (plus de 50.000 piscines olympiques) est parcouru à pieds secs par six étudiants en biologie munis de carnets et d'instruments de mesure.

    Le réchauffement de la planète allié au phénomène El Niño a eu des effet dévastateurs sur le Sertao, région semi-aride qui englobe huit États brésiliens.

    Les réservoirs sont remplis en moyenne à 6% de leur capacité, mais le lac artificiel du Cèdre, construit entre 1890 et 1906 à la demande de l'Empereur Pedro II, est désespérément sec.

    Des chercheurs de l'Université de Quixada sur le lac artificiel du Cèdre, totalement asséché, le 8 février 2017 à Quixada, dans le nord-est du Brésil-AFP/EVARISTO SA

    Des chercheurs de l'Université de Quixada sur le lac artificiel du Cèdre, totalement asséché, le 8 février 2017 à Quixada, dans le nord-est du Brésil-AFP/EVARISTO SA

    Le sol est si dur et morcelé qu'il fait mal aux pieds. Il ne reste que des coquilles d'escargots morts, des restes d’arêtes de poissons et des dizaines de carapaces de tortues, principal objet de recherche du groupe d'étudiants.

    "Ici, il y avait une grande biodiversité, avec énormément de poissons, de batraciens, de mollusques, sans compter les oiseaux qui s'alimentent des poissons. Aujourd'hui, ça n'existe plus", déplore Wagnar Docarm, après avoir mesuré la taille d'une carapace.

    - Sans poissons ni touristes -

    Depuis le début du projet de recherche, en novembre, ce groupe de l'Université de Quixada a identifié 438 cadavres de tortues de "phrynops geoffroanus", censées être plus résistantes que les autres

    "Ces tortues sont mortes parce qu'il n'y avait plus d'eau. Normalement, elles migrent, mais elle n'ont pu parcourir tout le chemin à temps", explique Hugo Fernandes, docteur en zoologie.

    Selon lui, le climat "particulièrement hostile" a été aggravé par "l'action humaine", avec des conséquences irréparables pour la biodiversité.

    Sur le lac artificiel du Cèdre, totalement asséché, le 8 février 2017 à Quixada, dans le nord-est du Brésil-AFP/EVARISTO SA

    Sur le lac artificiel du Cèdre, totalement asséché, le 8 février 2017 à Quixada, dans le nord-est du Brésil-AFP/EVARISTO SA

    Dans ce paysage de désolation, les villages de pêcheurs installés autour du lac asséché ont perdu tout moyen de subsistance.

    Tout le monde ici vivait de la pêche. Il y avait beaucoup de poissons, des écrevisses. Mais tout est terminé et le peu que nous touchons du gouvernement nous permet à peine de survivre", se plaint Francisco Elso Pinheiro, pêcheur de 75 ans qui contemple les effets de la sécheresse de son hamac.

    Francisco pêchait environ 30 kilos de poissons par jour et arrivait à doubler le montant de sa modeste retraite, de moins de 300 dollars.

    Il pouvait aussi nourrir sa famille en faisait pousser des haricots, du maïs ou des pommes de terres sur les rives du Lac du Cèdre.

    Sa barque est à présent abandonnée au beau milieu du lac et il a dû creuser un puits pour essayer d'obtenir un peu plus d'eau que celle obtenue via les modestes approvisionnements des camions-citernes.

    "En plus de la pêche, nous vivions du tourisme et maintenant nous ne recevons presque plus personne. Si le lac se remplissait à nouveau, tout irait mieux pour nous", rappelle Gilberto Queiroz, employé du Bar Paradis.

    Sur le mur de l'établissement, les clients peuvent lire ce verset d'un psaume: "le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer".

    Brésil: quand un lac artificiel devient un cimetière de tortues


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  • La carapace des tortues n’a pas toujours servi à les protéger des prédateurs

    La tortue est un animal fascinant qui n’a pas fini de nous livrer tous ses secrets. Des chercheurs ont récemment découvert pour quelle raison les tortues ont une carapace. 

    La tortue, symbole de longévité en Chine, est apparue il y a quelque 210 millions d’années. Facilement reconnaissable par sa carapace, la tortue moderne se protège grâce à celle-ci. Mais quelle est la raison historique de cette altération corporelle ? Une équipe de paléontologues évoque une tout autre raison dans une étude récente.

    La carapace des tortues n’a pas toujours servi à les protéger des prédateurs

    En effet, les ancêtres des tortues, partiellement couvertes d’une carapace, n’auraient fait que s’adapter à leur environnement. « L’évolution actuelle de la tortue est évidente, elle a pour but de protéger l’animal. Mais à l’instar des plumes des premiers volatiles qui n’étaient pas liées à l’action de voler, la carapace de la tortue était d’abord utile pour creuser le sol et échapper à la chaleur étouffante sud-africaine, où les premières tortues vivaient », commente Tyler Lysonpaléontologue au musée de Denver.

    Les recherches effectuées par cette équipe ont été un véritable casse-tête. « Grâce aux fossiles découverts et à l’observation des tortues actuelles, nous savons désormais qu’un des premiers changements majeurs vers une carapace complète a été l’élargissement des côtes », explique le docteur Lyson. La modification de la cage thoracique a un sérieux impact sur la respiration et la vitesse des animaux à quatre pattes. Les côtes servent à porter le corps lors d’un déplacement et ont un rôle crucial dans la ventilation des poumons.

    La carapace des tortues n’a pas toujours servi à les protéger des prédateurs

    La cage thoracique de l’Odontochelys, une des premières tortues connues by Conty

    Ainsi, cet élargissement solidifie le torse, ce qui diminue la portée de la foulée d’un animal et le ralentit. « Les côtes sont habituellement des os assez ennuyeux et quasi semblables chez tous les êtres vivants : baleines, serpents, dinosaures et même chez les humains. Celles des tortues sont l’exception car elles leur ont permis de se modifier pour former une grande partie de leur carapace », commente Lyson.

    Cette grande découverte a été possible grâce à la découverte de plusieurs fossiles, vieux de 260 millions d’années, de l’ancêtre de la tortue, l’Eunotosaurus africanus. Ces fossiles ont été découverts par deux coauteurs de l’équipe, les docteurs Roger Smith et Bruce Rubidge. Mais, cette découverte n’aurait sans doute pas été possible sans la découverte d’un petit garçon de 8 ans et de son père dans leur ferme de Western Cape, en Afrique du Sud. Ils ont eu la chance de découvrir un squelette bien conservé de 15 cm de long, comprenant toutes ses pattes

    La carapace des tortues n’a pas toujours servi à les protéger des prédateurs

    Représentation de l’Eunotosaurus africanus selon les données connues by Smokeybjb

    Cette découverte surprenante nous en apprend davantage sur l’histoire de ce fascinant animal. La plus vieille tortue du monde encore vivante est âgée de 183 ans. Fasciné par les tortues ? Venez découvrir ces carapaces artificielles qui sauvent les tortues de leurs prédateurs tout en épargnant la vie de ces derniers.

    Daily Geek Show


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    Pérou : lâchers de 500 000 tortues dans l'Amazone

    Au total, 500 000 tortues Taricaya vont être relâchées dans l'Amazone, au Pérou, jusqu'au 15 novembre.

    Elles sont minuscules et se précipitent en file indienne vers l'eau. Au cours du week-end, 17 000 bébés tortues Taricaya ont été remises en liberté par des volontaires dans une zone protégée dans le bassin du fleuve Amazone du nord-est du Pérou. Il s'agit du premier lâcher d'une série réalisée dans la réserve nationale de Pacaya-Samiria.

    Pérou : lâchers de 500 000 tortues dans l'Amazone

    Les bénévoles et les employés de Service national péruvien de zones naturelles protégées par l'Etat (SERNANP) ont recueilli les œufs de tortue pendant le mois d'août et suivi leur éclosion.

    Pérou : lâchers de 500 000 tortues dans l'Amazone

     

    leparisien.fr


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  • INTERVIEW Yvon Le Maho observe les déplacements des tortues marines en haute mer pour en savoir plus sur ces espèces menacées…

    "Les tortues marines rendent des services énormes"

    Une tortue luth en Guyane. - JOBARD/COEURS DE NATURE/SIPA

    Où vont les tortues luth lorsqu’elles quittent les côtes de la Guyane ou de la Martinique ? Yvon Le Maho, directeur de recherche émérite au CNRS, a initié à la fin des années 1990 un programme de recherches pour mieux connaître les voyages de ces tortues capables de parcourir des milliers de kilomètres. A la clé, il en a retiré des informations sur la santé des océans. Il présente les premiers enseignements du suivi des tortues ce mercredi à l’Institut océanographique, à Paris.

    Pourquoi vouloir connaître les trajets effectués par les tortues marines ?

    Les tortues marines sont presque toutes des espèces menacées. Or, certaines espèces comme les tortues luth vivaient déjà à l’époque des derniers dinosaures. Elles représentent donc une valeur patrimoniale, mais elles rendent aussi des services énormes car elles se nourrissent de méduses, qui prolifèrent actuellement. Il est donc important de préserver les tortues marines et la France a une grande responsabilité car l’un des plus grands sites de ponte se trouve en Guyane. Nous étudions essentiellement trois espèces en Guyane et aux Antilles : la tortue luth, la tortue verte et la tortue olivâtre. On essaye de comprendre les raisons de leur disparition puisqu’on a constaté une diminution importante de ces populations.

    >> Lire notre reportage au Gabon: Les plages des tortues disparaissent

    Quelles sont les principales menaces que vous avez identifiées ?

    Au départ, il y avait des menaces à terre, notamment les chiens errants qui déterraient les œufs ou des populations humaines qui les prélevaient. Aujourd’hui, les tortues sont protégées à terre donc on cherche les causes de leur disparition en mer. Pour ça, on fait un suivi grâce aux balises Argos. On a constaté qu’ellescouvraient complètement l’océan Atlantique car, en partant de Guyane ou des Antilles elles remontent vers les îles du Cap Vert, qui sont des zones très riches en nourriture, ou bien elles remontent vers les côtes de Floride et jusqu’au courant du Labrador, au nord du Canada. Elles font des voyages très longs, des milliers de kilomètres. Mais l’étude ne se limite pas à suivre les déplacements des tortues marines, on a essayé d’en savoir plus grâce à différents types de capteur qui nous permettent d’avoir des infos sur la profondeur à laquelle elles plongent ou sur la chlorophylle, la salinité, la température de l’eau…

    >> A lire aussi : Réchauffement climatique: Les tortues marines menacées par la diminution du nombre de femelles

    Les tortues sont donc des indicateurs de la santé des océans ?

    Elles nous donnent des informations sur des aspects océanographiques en plus d’éléments qui permettent de mieux les protéger. On pensait auparavant que tous les points chauds, les « hotspots » où vont les tortues, devaient devenir des sanctuaires. Or, ce qu’ont montré nos travaux, c’est que les tortues luth recherchent des zones d’interface entre des eaux de températures différentes, ce qu’on appelle des fronts, car c’est là qu’on trouve les plus importantes ressources marines. Or, ces zones sont aussi recherchées par les pêcheurs, on ne peut pas les empêcher d’y aller. Cela a amené le WWF à travailler avec eux pour mettre au point des systèmes de filets qui permettent aux tortues marines de s’échapper. Nous travaillons aussi dans l’intérêt de la pêche car une mer remplie de méduses est une mer sans poissons.

    20minutes.fr Propos recueillis par Audrey Chauvet


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